Il était une fois une contrée très très lointaine, très très peu habitée, et du coup très très préservée. Ce paradis renferme un trésor, un volcan posé sur l’altiplano, et oublié du temps. Ce volcan, c’est le Cerro Galan. 5916 m d’altitude, un cratère de 46 km de large !… et nous trois à l’intérieur ! Ultime récit de nos aventures dans le Catamarca.
Nous voici entrés dans la gueule du diable. Agustin, GPS Man (pour savoir qui est GPS Man, relisez l’épisode 3) et moi-même. Nous sommes en vue de la Laguna Diamante.
D’abord filet scintillant, au fur et à mesure que nous en approchons, il se fait lac turquoise, immense, flamboyant, généreusement déployé sous l’oeil protecteur des flancs du cratère. Notre altimètre indique 4700 m d’altitude. Nous avons atteint le Nirvana. On y étalerait presque une serviette si ce n’est le vent assourdissant et continu qui vient molester le mercure d’une température ressentie proche de 5°C.
Cet endroit est idéal, non pour vous parler du Chat Machine, mais pour pique-niquer en anorak, coupe-vent et bonnet. Bref, on est bien. Je vis à fond le moment de recueillement, marchant le long de la Laguna. J’ai atteint mon but. Je suis au fin fond du monde, comme j’aime l’être.
Où que je sois sur cette planète, les extrêmes m’attirent. Arriver au bout d’une terre, découvrir les peuples les plus isolés, ou plus simplement parvenir au sommet d’une colline intrigante vue d’en bas. Le bout, c’est mon trip, ma passion du voyage, mon adrénaline. Et pendant ce temps, mon sandwich attend d’être mangé lui aussi jusqu’au bout (tomate, oeufs et thons pour ceux que ça intéresse).
« ? Agustin, por favor podés parar el vehiculo ? (Agustin, s’il te plaît peux-tu arrêter le véhicule ?) « . Il me vient soudain une idée un peu saugrenue : je vois une colline au centre du cratère.
Elle doit culminer aux alentours de 5000 m. C’est largement jouable. Sans dire mot, je cours, je grimpe. Si le dénivelé n’est pas très élevé, la raréfaction de l’oxygène m’oblige à calmer mes ardeurs de jeune chien fou. Agustin décide de rester dans le véhicule, l’occasion de faire la conversation à un GPS en pleine digestion, donc pas prêt de se réveiller.
Je ne m’étendrai pas sur les détails de ma grimpette, mais c’est toujours un bonheur d’atteindre par la seule force de son corps, un sommet, quelle que soit sa difficulté, et de pouvoir dominer le paysage qui vous entoure. Donc j’exulte !
Nous avons encore de la route à effectuer : après plusieurs kilomètres, la sortie de la caldeira est proche. Encore du beau spectacle : deux énormes cerbères de lave de quelques dizaines de mètres de hauteur encadrent l’accès.
Je peux imaginer qu’ils ont atterri ici il y a plus de 2 millions d’années, lors de la dernière éruption. Oui, 2 millions d’années de silence, à contempler une nature majestueuse. Ils ont de la chance, ces deux-là. Cette ambiance me rappelle quelque peu celle du désert de Dali en Bolivie et de ses sentinelles énigmatiques fichées dans un décor lunaire.
Croyez-vous qu’en quittant le cratère, nous en aurions terminé avec ces indicibles merveilles de la nature ? Que nenni. Le spectacle n’en est pas moins terminé. Déjà, il nous faudrait revenir « à casa », c’est-à-dire à Antofagasta de la Sierra. Et nous en sommes loin. GPS, remis de sa digestion, et dans une rare tentative d’établir une conversation à se fouler la mâchoire, nous indique le chemin. Oui, les routes, ça fait longtemps qu’on n’en a pas vu. En même temps, un altiplano oublié avec du bitume ne serait plus oublié. Donc l’altiplano en question a oublié le bitume, et c’est tant mieux parce qu’on va se taper les chemins de terre. Notre 4×4 taille les flancs d’immenses collines qui se trouveraient au-dessus des nuages s’ils existaient. C’est « tape-cul » mais c’est beau. Mais c’est « tape-cul ». Allez, on a l’inestimable chance d’être seuls au monde – si bien que si on tombait en panne, on pourrait copiner quelques siècles avec nos cerbères de lave, dans l’attente hypothétique de sauveurs – alors vivons à plein ce moment ! Et depuis le début de cette aventure, je suis comblé.
Ca et là, des montagnes mythiques se dressent fièrement, tels des décors de cartons surgissant d’un livre pour enfants. El Nevado de Cachi et son sommet bicéphale nous toisent sur plusieurs kilomètres, pendant que nous avançons vers le nord au coeur d’une puna sans âme qui vive, si ce n’est la sienne, intrigante de pureté.
GPS est déconcertant quelquefois, mais dans le bon sens. Sur un territoire vaste comme l’Ile-de-France, entaillé de chemins sans noms et sans panneaux, étendus comme l’horizon, sa boussole interne ne lui fait à aucun instant défaut. Par-dessus le marché, il trouve même le moyen de nous guider vers l’une des lagunes les plus, voire la plus belle qu’il m’ait été donné d’approcher jusqu’alors.
Et pourtant, question lagune, j’ai un lourd passif sur l’Amérique du Sud. Sans dire que c’est mon « truc », j’en ai exploré une palanquée, du nord au sud du continent;
les plus impressionnantes étant sans conteste celles du sud bolivien, mais là… oui, là, on dépasse l’entendement. Ce n’est plus une lagune, c’est un lagon. Nous entrons dans le Salar del Hombre Muerto (c’est rassurant tout ça !), et sa lagune s’effeuille devant nos yeux déjà « overdosés » de toutes les merveilles de la journée. Ca mérite quelques photos que je vous montre ici. A la différence d’un lagon maldivien, s’y baigner n’est pas des plus agréable. Pas seulement à cause de la température que refroidissent 4000 m d’altitude, mais surtout à sa teneur incommensurable en sel. Pour le fun, je m’amuse à tremper la main dans l’eau. Je confirme, c’est la Mer Morte puissance 100. D’ailleurs, ma main en ressort presque blanche. Elle renferme aussi du lithium (la plus grande concentration au monde), ce n’est pas ma main qui me l’a dit, mais la mine d’à côté. Même dénué d’habitat humain permanent, ce bout du monde abrite une industrie minière aux exploitations disséminées dans tout l’altiplano. Pour autant, ces bases ne défigurent pas le paysage, car elles se font souvent discrètes. Je dirais même qu’elles lui confèrent un certain charme fantomatique, tel un Far West égaré.
Que le monde est beau, quelle splendeur il a encore à nous offrir. Oui, c’est bateau, limite niais, mais c’est ce que je ressens à ce moment. Et vous seriez pareil(le), sauf à être un(e) autiste de l’esthétisme ! Le soleil commence à dessiner des ombres sur les collines, les plus belles couleurs ambrées se font jour quand le jour s’enfuit.
C’est le moment idéal pour tirer quelques clichés. Nous regagnons au terme d’une folle journée le village d’Antofagasta de la Sierra. Je n’en peux plus. Mais ce n’est pas la fatigue, c’est l’overdose, le « trop plein » de merveilles. J’explore la puna depuis quelques semaines, de Tolar Grande à Antofagasta. J’ai vécu, j’ai vu ce que je pouvais voir de plus beau dans ce monde oublié. Un peu de repos « oculaire » me ferait du bien, et surtout voir autre chose : une poubelle kaki, une barre HLM ou un beau panorama de décharges publiques, tiens ! Ce n’est pas le mal des montagnes (« sorroche ») qui me monte à la tête, mais le paradoxe andin. Tout est dit. Allez-y !
Xavier – Aventureo
P.S. : je n’en ai pas fini avec l’altiplano, car quelques jours après, toujours en compagnie d’Agustin, j’étanchai ma soif d’aventure en partant découvrir plus au sud la Laguna Brava (4270 m), autre lagune de tous les superlatifs, autre monde martien.
P.S. 2 : je remercie GPS de nous avoir guidés tout le long du parcours. Je me moque, mais il est cool, ce papi ! Bon, un peu plus bavard, ça aurait été aussi bien, mais ce n’était pas en série sur le modèle ! ! Che, que te vayas bien, cuidate viejo !
P.S. 3 : ça n’a rien à voir, mais bon 14 juillet !




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Cerro Incahuasi : va voir là-haut si j’y suis (à plus de 5000) !
18 juin 2012 à 22 h 40 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
[...] ? Peut-être bien. Réedition de ce que j'avais vécu à l'intérieur du volcan Galàn 2 ans et demi [...]